• Le Messager de la Grande Fraternité Blanche

     

    - Chapitre VI -

     

    Un Etrange Evénement

     

    LE MESSAGER DE LA GRANDE FRATERNITÉ BLANCHE

     

     

    La perspective de revoir notre vieil ami Gaylord nous enchanta, car notre amitié avec lui était comme un lien intérieur tellement elle remontait loin. Rayborn et moi-même eûmes l'impression que sa visite allait avoir une grande importance.

     

    Gaylord arriva le lendemain à huit heures, et j'étais sur le point de le remercier pour m'avoir mis en contact avec les Rayborn quand, en me fixant intensément, il dit : "C'est notre Bien-Aimé Maître qu'il faut remercier."

     

    "Ainsi, vous connaissez Saint-Germain", demandai-je.

     

    "Oui, répondit-il, je Le connais, et pour certaines affaires je suis sous Sa Direction depuis une dizaine d'années. Il met certains étudiants en rapport, en vue d'un important Service qui commence cette année. Il s'agit d'une crise très sérieuse qui concerne le monde entier et spécialement l'Amérique du Nord. Il est possible que certaines choses puissent être évitées et, si tel est le cas, le monde ne saura jamais quel formidable danger le menaçait et à quel formidable désastre il a échappé. Il y a une certaine force sinistre qui travaille dans l'atmosphère de la Terre et qui cherche à détruire la Belle Lumière Christique qui est en développement, comme une Fleur dans le Coeur de plus de 60% des hommes. La plus grande part est en Amérique mais il y en a aussi pas mal dans toutes les nations."

     

    Nous entrâmes dans la maison où Gaylord salua Rex et Nada comme s'ils étaient ses propres enfants. Il fut ensuite présenté à Perle.

     

    "Voulez-vous m'excuser, demanda-t-il très vite, j'ai des affaires urgentes, et d'ordre privé, à discuter avec votre père, mais voulez-vous rester dans les parages", dit-il en s'adressant à moi.

     

    Au bout d'une heure, ils me demandèrent de les rejoindre et c'est alors que je réalisai vraiment combien sa visite était importante. Quand nous fûmes assis, Gaylord dévoila sa qualité de Messager Secret de la Grande Fraternité Blanche et montra des lettres de créance. Depuis plus de sept ans, il travaillait activement dans ce domaine. Il avait des contacts officiels avec quelques uns des membres des plus hauts cercles officiels et diplomatiques, tant à Washington qu'à d'autres endroits importants. C'était à cause de son influence personnelle dans ces milieux qu'il pouvait être d'une si grande aide pour la Fraternité, le cas échéant.

     

    "Saint-Germain, commença Gaylord, S'occupe en ce moment de certaines activités à Washington. Sur Sa demande, nous devons, tous les trois, nous y rendre le 2 octobre : Il nous y attendra. Il dit qu'il est possible de vous employer, dans certains cas où Ses autres Étudiants ne peuvent l'être. Vous avez eu un petit exemple de tout ce qui peut arriver lors de l'attentat à la vie de Rayborn.

     

    "Souvenez-vous toujours, continua-t-il en s'adressant particulièrement à moi, que notre Éternelle Devise et Règle de conduite est : 'Savoir, oser, agir et se taire'. Votre confiance en votre Puissante Présence I AM pourra être sérieusement mise à l'épreuve dans les mois qui viennent, et vous devez comprendre que les messagers des Grands Maîtres Ascensionnés ne peuvent se faire connaître qu'en temps utile, temps qui est fixé par Ceux qui dirigent l'Activité." Il me donna encore quelques directives personnelles et la réunion fut levée.

     

    Après le dîner, Rayborn et Gaylord se rendirent à la Chambre de la Tour. Nous nous retrouvâmes au déjeuner le lendemain et j'appris que tous deux avaient assisté à un important Conseil des Maîtres Ascensionnés en Arabie. Avec l'aide de Gaylord, Rayborn était capable de circuler dans le corps subtil, pendant que leurs corps physiques restaient à l'abri, sans être troublé, dans la Protection de la Chambre Secrète.

     

    Au moment de nous quitter, Gaylord remarqua : "Je suis heureux de voir que vous êtes tous entrés sur le Sentier de la Lumière, car ce n'est que là que vous trouverez le Bonheur Permanent. Dorénavant, nous serons amenés à nous rencontrer souvent, dans des circonstances et des endroits les plus inattendus, souvent aussi car les distances ne sont plus des barrières pour nous." Il nous dit au-revoir, monta dans sa voiture et disparut.

     

    "Depuis quand savez-vous que Gaylord connaît et est sous la Direction de Saint-Germain", demandai-je à Rayborn.

     

    "Depuis quatre ans, environ, répondit-il. Je connais Gaylord depuis longtemps, mais ce n'est que maintenant que la Vraie Grandeur de la Nature Intérieure de cet homme s'impose à moi."

     

    Quand je mentionnai la chose, plus tard, à Saint-Germain, Il dit : " Les gens, en général, ne se rendent pas compte qu'ils sont souvent en contact étroit avec de grandes âmes illuminées, qui sont des Messagers des Maîtres Ascensionnés. Il faut un événement exceptionnel pour ouvrir la Porte et révéler la Grande Lumière Intérieure. Il est possible de vivre sous le même toit qu'un Messager, pendant des mois ou des années, sans s'en douter, si un événement ne le force pas à faire montre de son Pouvoir."

     

    Les jeunes gens nous quittèrent le lendemain pour l'école, et Bob revint au ranch avec nous afin de recevoir les directives de Rayborn concernant le travail à la mine et les ordres pour son départ, très tôt, le lendemain matin. Pendant la soirée, nous eûmes tous les trois une paisible conversation très confidentielle, qui révéla encore davantage la noblesse de caractère de Bob. Nous prîmes des mesures pour sa venue à Washington D.C. à Noël, quand Saint-Germain y viendrait.

     

    Rayborn et moi passâmes plusieurs agréables soirées à discuter les directives que Saint-Germain nous avait laissées. Un soir, environ une semaine après le départ de Bob, nous étions très absorbés par l'étude de la réincorporation quand Rayborn me fit la lecture du texte que Saint-Germain lui avait donné sur le sujet. Le voici.

     

    "Si seulement l'humanité pouvait comprendre que l'incorporation humaine est une opportunité donnée au moi extérieur par la Grande Loi d'Équilibre pour corriger les erreurs des vies antérieures, chaque expérience servirait comme une leçon, et les humains ne se révolteraient plus contre les circonstances.

     

    "Ce perpétuel retour dans un corps physique, ou vêtement de chair, ne serait qu'un cercle vicieux de cause et d'effet si l'être humain n'avait pas la Présence Divine en lui.

     

    "Cette partie de vous qui dit 'I AM, Je Suis' est la Vie, l'Intelligence et le Pouvoir qui S'expriment au travers de votre corps physique. Quand les habitudes discordantes de la conscience atomique de votre corps physique s'accumulent au point que la Lumière de la Puissante Présence I AM ne parvient plus à S'épanouir et, de la même manière, à maintenir l'Accomplissement d'un Plan de Vie Constructif, la Maître Présence du Soi diminue la quantité de l'Énergie qu'Elle fournit et Se retire. Il n'y a qu'une seule cause à ce que le monde appelle 'mort' : c'est l'insuffisance de Lumière-Liquide dans les canaux nerveux. Ce liquide radie le Pouvoir de Cohésion qui maintient ensemble les atomes constituant le corps de chair. Il n'y a que la Puissante Présence I AM dans l'Univers qui possède et distribue cette Lumière Liquide. Le revêtement extérieur est le réceptacle dans lequel cette Présence déverse Sa Lumière, exclusivement pour un Usage et un But Constructifs. S'il y a continuellement des interférences avec ce But, la Lumière est retirée et le corps de chair, qui devait être le Temple du Très Haut Dieu Vivant, se désintègre. L'expérience de la mort est un constant reproche et un rappel destiné à faire comprendre au moi extérieur qu'il désobéit au Plan Divin Originel, à la Manière Divine de Vivre.

     

    "Si un Étudiant veut vraiment connaître la Vérité concernant la réincorporation et la Vie, il doit s'adresser à la Puissante Présence I AM et étudier ce qui lui vient de cette Source. Ce n'est que par la Sagesse venant de l'Intelligence Omnisciente qu'il deviendra à jamais Sa Lumière.

     

    "Nous pouvons avoir des concepts mentaux, des idées par milliers, mais tant que nous ne sommes pas identifiés avec une chose, nous ne la connaissons pas vraiment. Rassembler des faits basés sur le témoignage des sens et du monde formel ou de l'activité du mental extérieur n'est que de l'addition. La Vérité Éternelle, la Connaissance de la Loi, l'Intelligence, ne viennent que de la Puissante Présence I AM, la Lumière de l'Univers.

     

    "Si quelqu'un désire se donner la preuve de la Vérité de la réincorporation, elle ne peut venir que de ses expériences vraies qui lui sont données par son propre Soi Divin. A ceux qui désirent avoir cette preuve, Je donne l'explication suivante qui est infaillible, car les Maîtres Ascensionnés ont atteint leur Perfection de l'État Ascensionné par cette Pratique, et d'autres peuvent le faire aussi s'ils le désirent.

     

    "Si un Étudiant veut, avec une détermination inébranlable, reconnaître et accepter sa Puissante Présence I AM, faire constamment appel à Elle, aspirer sincèrement à Elle, L'aimer et Lui être reconnaissant pour Sa Merveilleuse Vie qu'il emploie à chaque moment de la veille et du sommeil, il arrivera à hausser sa conscience extérieure au point où il connaîtra, verra, et fera l'expérience personnelle, des réponses à toute question et à tout problème qu'il rencontre.

     

    "La plus Grande et la plus importante Activité de la Vie est d'exprimer de l'Amour, de la Dévotion et de la Gratitude pour tout ce que la Vie nous donne. Lorsque notre conscience est élevée en Adoration constante de la Puissante Présence I AM, en Acceptation continuelle et exclusive de la Perfection de la Vie, toutes les habitudes et toutes les erreurs humaines disparaissent, et nous n'expérimentons plus que la Lumière. C'est la Conscience du Maître Ascensionné.

     

    "L'activité du mental et du corps physique deviennent la forme visible et tangible de tout ce que l'on pense et ressent. On devient ce sur quoi on fixe son attention. Si on médite sur la Puissante Présence I AM, on devient la Complète Expression de Sa Perfection, alors que si on passe son temps et que, par son attention, on donne son énergie aux appétits du corps physique, tâchant de satisfaire ses exigences insatiables, on détruit Son Temple. Personne ne peut empêcher l'humain de choisir librement. La responsabilité de son choix lui incombe et ne peut être évitée, car elle est inhérente au libre-arbitre.

     

    "Le Suprême Commandement de l'Éternel est : SOYEZ PARFAITS COMME VOTRE PÈRE CÉLESTE EST PARFAIT ! car la Vie vous renverra, vous, la conscience individuelle, encore et encore et encore en incorporation humaine, jusqu'à ce que ce Suprême Édit de la Vie soit accompli. Quand nous avons obéi à ce Décret, nous constatons que la Voie de 'Vie Constructive' est Immortelle. Actuellement, l'Activité Cosmique et la Lumière de votre Terre sont en Expansion. Certains sentent cette Énergie accrue, mais si Elle n'est pas employée constructivement, et que l'individu La disqualifie par des sentiments d'irritation ou du ressentiment envers les personnes, les lieux ou les circonstances, cela crée alors de très grands remous dans son mental et dans son corps, et provoque des troubles pour lui-même et pour les autres. Pendant la présente Expansion de la Lumière au travers de la Terre, il est absolument indispensable que l'individu garde le contrôle sur ses sentiments, ses pensées et ses paroles, les forçant à être constructifs, ne s'occupant que de ce qui est constructif, s'il veut éviter pour lui-même et pour son monde de la détresse et des pertes continuelles. A aucun moment de l'histoire de la planète cela n'a été aussi important qu'aujourd'hui. La Terre passe par les angoisses d'une nouvelle naissance et, dans les prochaines années, elle traversera une période de transition importante : elle passe maintenant sur un plan cosmique, d'une attitude de guerre à une attitude de Paix, de la haine à l'Amour, de l'égoïsme à l'Altruisme, et dans la Complète Compréhension que, à l'avenir, le peuple doit avoir assez de force pour vivre en accord avec la Loi d'Amour.

     

    "L'heure sonne toujours, dans le développement de chaque planète et de son humanité, où elles doivent exprimer totalement la Paix, l'Harmonie, la Perfection et le Plan Divin du Système auquel elles appartiennent. Lorsque cette heure arrive, l'humanité progresse et accomplit le Plan, et la partie qui ne veut pas s'aligner avec la Nouvelle Activité se force elle-même à continuer son apprentissage dans un autre plan de l'Univers, jusqu'à ce qu'elle ait appris à obéir à la Loi de la Vie. La Loi de la Vie est : PERFECTION, PAIX, HARMONIE ET AMOUR ENVERS TOUTES LES CRÉATURES. Les Éthers de l'Espace Infini expriment partout cette Harmonie. Les êtres humains, seuls, sont les créateurs de l'enfer. Ils peuvent accepter la Loi de la Vie et Lui obéir, et jouir de toutes les bonnes choses dans le Royaume, ou ils peuvent désobéir à cette Loi et être brisés comme des roseaux par la tempête, qui est leur propre discorde auto-créée. Chaque individu porte son propre ciel ou son propre enfer à chaque instant avec lui, car ils ne sont que le produit d'états mentaux et émotionnels que l'individu a créés par sa propre attitude. Il n'y a pas d'autre cause à cela. Les Maîtres Ascensionnés et les Grands Messagers Cosmiques déversent d'énormes fleuves d'Amour et d'Harmonie, dont la Paix dépend, sur le chaos engendré par l'humanité.

     

    "Les humains, qui ont agi pendant si longtemps à l'encontre du Grand Courant Cosmique de l'Amour, sont maintenant obligés de faire demi tour et de retrouver la Lumière pour survivre au milieu des émanations destructives du passé. Le Commandement continuel des Maîtres Ascensionnés est : "Que la Grande Lumière de la Puissante Présence I AM enveloppe l'humanité terrestre - rapidement - afin que cessent toutes ses souffrances". La misère, l'obscurité et l'ignorance n'existent que parce que l'Amour fait défaut."

     

    Pendant les deux semaines qui suivirent, Rayborn et moi restâmes seuls au ranch. Nous reçûmes de très belles lettres de Nada et de Rex et, occasionnellement, une de Perle. Ils étaient profondément reconnaissants envers Saint-Germain pour le bel appartement que Son Amour leur avait préparé et pour le fait que, parmi les Bénédictions dont Il les comblait, il y avait deux de Ses autres Étudiants qui leur servaient de cuisinier et de femme de chambre. Ces derniers étaient venus d'Arabie et, dans leur Service, ils manifestaient l'Essence de l'Amour.

     

    Le 24 septembre, Rayborn et moi fîmes une dernière visite à la mine avant de partir pour Washington. L'excursion fut très belle, et nous sentîmes de façon tangible le Pouvoir de la Puissante Présence I AM au-dessus de nous, qui nous inondait de Sa Joie et d'un Bonheur inexprimable. Bob nous attendait, car Saint-Germain lui avait laissé un message annonçant notre arrivée pour le soir.

     

    Le but de Rayborn, au cours de cette visite, était de créer un lien plus étroit avec les ouvriers et de donner une Radiation qui les bénirait tous. Quand ils remontèrent à la surface, ils s'adressa aux trois équipes et leur parla du nouvel intendant, Dave Southerland.

     

    Ils apprécièrent profondément la bonté et la générosité de Rayborn à leur égard, et lorsque ce dernier les félicita et les encouragea pour leur travail, il semblait plus être un frère qu'un patron. Je ne cessai jamais d'être émerveillé par le Pouvoir de l'Amour pour bénir les hommes et leurs affaires, quand ils L'acceptent et Le vivent vraiment. Rayborn était la preuve vivante de Son Efficacité et de Sa Sagesse dans l'expérience pratique et journalière du monde des affaires.

     

    Ce soir-là, Rayborn passa beaucoup de temps à raconter à Bob ce que Saint-Germain lui avait révélé pendant leurs heures d'instruction. Bob était heureux comme un écolier, et profondément reconnaissant pour tout ce qu'il recevait. Le lendemain, nous nous dîmes au revoir, le cœur plein d'Amour. Après un voyage sans histoire, Rayborn et moi regagnâmes le ranch, et nous nous retirâmes tôt. Le lendemain matin, Rayborn suggéra de faire une sortie avec le beau cheval arabe, afin que je puisse visiter la partie du ranch qui s'étendait dans les collines. Il me suggéra de monter Pégase et, comme le valet sortait le cheval, ce dernier s'échappa et courut vers moi. Il semblait exprimer sa joie de n'avoir pas été oublié en frottant sa tête contre moi. Rayborn monta le cheval noir de Rex et nous partîmes. Nous suivions la lisière des collines quand, tout à coup, Pégase s'immobilisa.

     

    "Donnez-lui les rênes, expliqua Rayborn, et observez-le". Lentement, le cheval s'avança un peu et s'arrêta de nouveau. Nous entendîmes distinctement des sonnettes et, à une faible distance, nous aperçûmes un crotale.

     

    "Ne touchez pas les brides, avertit Rayborn, vous allez voir une chose assez inhabituelle". Levant son pied droit, Pégase commença à frapper le sol lentement en direction du serpent, en le surveillant étroitement. Soudain, le serpent attaqua. Vif comme l'éclair, le sabot de Pégase s'abattit sur sa tête, la séparant complètement du corps. Je ne pus m'empêcher de l'entourer de mes bras, mais il était tout à fait calme. Je descendis pour prendre les sonnettes, il y en avait douze.

     

    "Donnez-moi plutôt ces sonnettes, dit Rayborn. Pégase ne supportera jamais que vous les portiez sur lui : il en a une sainte horreur."

     

    Le lendemain, nous partîmes pour Denver. Nous nous rendîmes directement au Brown Place Hôtel où Gaylord avait déposé un mot nous demandant de le rejoindre dans ses appartements. Nous y allâmes et il nous salua gracieusement. Il demanda à un porteur de faire enregistrer nos bagages et lorsque l'homme arriva, il savait qu'une de nos malles avait été oubliée. "Mon brave homme, vous avez oublié une des malles", dit-il. Le porteur revint avec le bulletin d'enregistrement complet et reconnut son erreur.

     

    Nous prîmes le train à neuf heures, et nous constatâmes qu'il avait retenu trois compartiments voisins. Gaylord s'excusa immédiatement en disant : "Je dois me retirer car je dois quitter mon corps pour me rendre en Arabie prendre de nouvelles directives, mais je serai présent pour le déjeuner".

     

    Le lendemain, au premier appel, Gaylord, Rayborn et moi-même nous rendîmes au wagon restaurant. Au cours du déjeuner, un homme de belle apparence, sec et nerveux, accompagné d'une très belle femme, passa près de notre table. Involontairement, notre attention fut attirée vers eux. Le repas terminé, Gaylord nous demanda de venir directement dans son compartiment.

     

    "Cet homme et cette femme, expliqua-t-il, sont deux représentants communistes avec lesquels nous avons affaire. Nous sommes en complète sécurité car ils ne savent pas comment se protéger, eux et leurs secrets, par le Pouvoir de la Lumière. Ils ne servent pas la Lumière et, par conséquent, ils sont incapables de l'utiliser comme nous le faisons, et de libérer Son Pouvoir. Néanmoins, nous devons dès à présent être sur nos gardes pour prévenir qu'ils ne se doutent, en quoi que ce soit, de nos activités. La femme est une des personnes les plus habiles, les plus dangereuses et les plus notoirement connues en Europe. Mettez votre armure, me dit-il, car pour traiter avec cette femme, le moment venu, vous devrez employer tous les moyens de votre diplomatie. Vous avez à jouer un rôle plus important que vous ne le pensez, mais je connais votre courage, votre aplomb et votre certitude concernant la Puissante Présence I AM en vous. Cela vous fera traverser victorieusement cette épreuve. D'après ma visite de la nuit passée en Orient, il est clair que nous allons avoir à agir rapidement. Les agents de la force sinistre ont commencé partout où cela est possible, par leurs tromperies et leurs traîtrises, leur œuvre de pollution et de corruption. Vous pouvez constater combien est grande la Sagesse de Saint-Germain qui nous a donné trois jours de préparation et d'accordage dans la Grotte des Symboles. Ah, vous êtes étonnés que je connaisse l'endroit ! Mais j'y suis allé plusieurs fois."

     

    Je demandai : "Voulez-vous nous raconter ce qu'il vous est permis de dire à propos de vos expériences ?

     

    "Je serai heureux, répondit-il gracieusement, de relater ce qu'il est permis de révéler pour votre instruction et votre illumination, et non pas seulement pour vous faire plaisir. Nous changeons de train à Chicago et lorsque nous en repartirons, vers neuf heures du soir environ, je vous rendrai visite avec plaisir. A l'arrivée à Chicago, prenez tous les bagages dans votre compartiment, et attendez-moi, car je pense avoir d'importantes communications à vous faire."

     

    Quand le train entra en gare, Gaylord en descendit et disparut aussitôt dans la foule. "Il a dû s'envelopper dans le Manteau d'Invisibilité, dis-je à Rayborn, il a disparu si rapidement !"

     

    Nous changeâmes de train et gagnâmes notre compartiment. Quand le train démarra, nous entendîmes Gaylord entrer dans le sien. Au bout d'une dizaine de minutes, il frappa à notre porte et nous demanda de le rejoindre.

     

    "La chose est exactement comme je le pensais, expliqua-t-il. Notre adversaire possède un instrument important dans cette ville : un des politiciens qui occupe un poste officiel très important, et qui reçoit des sommes non moins importantes en échange de son aide à des activités destructives. Mais il est surveillé et va être arrêté dès ce matin. Personne n'osera annoncer la chose publiquement, à cause de ceux avec lesquels il est en rapport : ils sont trop en vue et il serait dangereux pour eux de faire parler de son nom. C'est toujours la même vieille histoire, quand la bataille devient trop chaude dans le camp des malfaiteurs, chacun essaye de se sauver lui-même et chacun est attrapé dans le filet de ses propres actions. L'homme et sa compagne, que nous avons vus au déjeuner, occupent le compartiment voisin du vôtre, me dit-il. Vous saurez exactement ce qu'il faudra faire le moment venu, et je sais que vous le ferez. Maintenant, pour votre instruction, je vais vous relater une de mes expériences, qui commença aux Indes, atteignit son point le plus intéressant en Arabie, et prit fin en Amérique.

     

    "Il y a quelques années, alors que les conséquences de la guerre jetaient leurs derniers feux, je fus choisi par le Conseil de la Grande Fraternité Blanche aux Indes pour être leur Messager. Ce service m'obligeait à circuler dans mon corps physique car, à l'époque, je n'étais pas capable de léviter ou de le transporter à travers l'atmosphère comme le font les Maîtres Ascensionnés. Aujourd'hui, je peux quitter mon corps consciemment, en tout temps, comme vous le savez, et comme ce bon frère (désignant Rayborn) l'a observé physiquement. Obéissant à l'appel du Conseil de l'Inde, je m'embarquai pour la France, première étape de mon voyage. Je n'étais pas, alors, aussi sensible à l'action vibratoire supérieure, et j'avais à être dirigé plus ou moins intuitivement. J'ignorais, à ce moment-là aussi, que j'obéissais aussi strictement que je le fais aujourd'hui.

     

    "Le premier matin, en mer, un homme d'apparence très distinguée se trouva être assis à ma table pour le déjeuner. Il se leva à mon approche et se présenta par ces mots : "Je me permets de me présenter et j'espère ne pas être importun". Je ressentis une certaine sympathie pour lui lorsque nous échangeâmes une poignée de main. Nous avons d'abord parler de choses sans importance, puis tout à coup, il dit : "Je suppose que vous voyagez pour votre plaisir, ou peut-être est-ce pour une mission ?" Au moment où il prononça le mot "mission", il m'observa avec insistance et aussitôt quelque chose se serra en moi, me mettant en garde.

     

    "J'aime beaucoup les voyages en mer, dis-je, surtout en mai." Il sourit légèrement et eut un regard amusé et, sans en connaître la cause, je me mis à l'aimer davantage. Il changea brusquement de conversation et se mit à parler d'un jeune prince, me demandant si je l'avais rencontré.

     

    "Seulement comme enfant, répondis-je, mais je l'ai toujours ressenti comme une grande âme. "Qu'entendez-vous exactement par là", demanda-t-il. "Je pense qu'il a vécu de nombreuses existences et que, par expérience, il a acquis un savoir secret." "Alors vous croyez à la réincorporation ?" questionna-t-il de nouveau. "Non seulement j'y crois, mais je sais que cela est vrai et que c'est une certaine phase d'une des Activités de la Grande Loi Cosmique", répondis-je. "Vous parlez avec beaucoup d'assurance." "En ce domaine, je parle d'expériences personnelles", rétorquai-je. "Oh ! Vraiment ? Alors, par exemple, pensez-vous que nous nous sommes déjà connus avant", demanda-t-il avec, dans la voix, une note de plaisante taquinerie, qui excluait pourtant toute véritable opposition à mes idées. "Oui, continuai-je, nous nous sommes connus avant le dernier cataclysme sur l'Atlantide et, aussi, en Égypte. Maintenant, nous nous sommes de nouveau rencontrés et nous allons travailler ensemble pour notre bien mutuel."

     

    J'avais été comme forcé de dire cela par un pouvoir intérieur et je le dis avec un tel sentiment d'autorité que j'en fus surpris.

     

    Il tendit la main et me regarda avec un tel sourire qu'il aurait pu conquérir tous les cœurs. Il me donna un signe qui, je le savais, ne pouvait être connu que d'une Haute Autorité dans la Grande Fraternité Blanche. J'étais heureux et profondément reconnaissant. "Vous avez brillamment passé ce petit examen, mon Frère, expliqua-t-il, et il est bon que vous soyez aussi naturellement en garde. Ceci permet à la Présence Intérieure d'agir en tout temps. Souvenez-vous que c'est la Puissante Présence I AM qui est le Seul Pouvoir qui peut vous protéger dans l'activité extérieure, car le moi extérieur est impuissant. N'abandonnez jamais cette prudence, elle est indispensable pour ce que vous avez à faire. Le Grand Courant de Vie et le Plan de notre Service nous a réunis pour les prochains mois. Je m'en réjouis, et je vois que vous le faites aussi. Allons à ma cabine, je vous donnerai une idée de ce qu'est notre service. Vous recevrez des Instructions plus détaillées du Conseil des Indes."

     

    En entrant dans sa cabine, je me mis à ressentir qu'une atmosphère de beauté exquise l'entourait partout où il allait. Je ne savais pas, alors, comme maintenant, que cela ne venait pas de l'ameublement, mais de la merveilleuse Radiation qu'Il répandait partout. Son aura scintillante pénétrait, chargeait et illuminait toute la pièce.

     

    La première chose importante que j'ai à vous dire, expliqua-t-il, est que, avec votre aide, je suis chargé d'empêcher l'assassinat du jeune prince dont nous avons parlé et que, tous deux, nous aimons pour sa Grande Lumière Intérieure. Notre deuxième devoir est d'empêcher qu'une grande indignité ne soit imposée à l'Arabie par certaines puissances européennes. La troisième chose est l'activité de la force sinistre dont nous nous occupons actuellement. Au cours de notre passage en France, nous nous arrêterons deux jours à Paris où nous aurons d'importants contacts qui nous aideront dans notre tâche.

     

    "Les jours ne passèrent que trop rapidement dans la compagnie de cet homme remarquable. La seule promesse qu'il exigeât fut que je ne dévoile jamais son nom à qui que ce soit. Jusqu'à présent, je ne l'ai jamais fait, et ne le ferai pas sans sa permission.

     

    "A l'époque, je le voyais faire ce que le monde appelle des miracles et je pensais qu'il était la personne la plus extraordinaire qui soit, et pourtant il ne dévoilait qu'une partie de ses connaissances et de son pouvoir. Quand je lui en fis la remarque, il répondit : 'Ce genre d'activités est le travail le moins important que les Membres de la Grande Fraternité Blanche ont à faire. En fait, il n'y a rien qu'ils ne puissent faire quand la nécessité s'en fait sentir et que la Loi Divine le permet."

     

    Notre bateau arriva à Cherbourg. Comme nous débarquions, je vis un homme, arabe certainement, qui faisait un signe de la Fraternité Blanche et mon compagnon lui répondit. L'homme nous conduisit jusqu'à une magnifique automobile dans laquelle nous prîmes place pendant qu'il se mettait au volant. Dans la voiture se trouvait déjà une femme entièrement voilée et je lui fus présenté non par mon nom mais comme le Frère du Far-West Américain, alors que, elle, était simplement la Sœur de la Fraternité Blanche. Pour autant que je pus en juger, elle semblait très jeune, elle avait à peine dix sept ans sans doute. Nous venions de nous asseoir lorsqu'elle dit : "Nous pouvons être à Paris bien plus rapidement par cette route", et elle indiquait un itinéraire que nous prîmes immédiatement. "Nous sommes suivis", avertit-elle un peu plus tard, et en nous retournant, nous vîmes une automobile qui nous suivait à la même vitesse que nous, c'est à dire très vite. Brusquement, un mur de vapeur s'éleva du sol entre les deux voitures. "Ils ne traverseront pas cette barrière avant que nous ne soyons hors d'atteinte", assura-t-elle. En quelques heures, nous fûmes à Paris, et nous nous arrêtâmes devant une résidence qui avait l'air d'un château et d'où nous apercevions la Tour Eiffel. La maison se trouvait sur une hauteur et de ses nombreuses fenêtres, on pouvait voir presque entièrement la ville. On aurait dit qu'elle avait été construite spécialement dans ce but."

     

    La dame voilée nous fit entrer et nous précéda dans un escalier. Nous entrâmes dans une sorte de salle d'audience puis, par une porte latérale, dans une bibliothèque. Un homme, beau et grand, quittant les rayons de livres, s'avança vers nous et nous salua avec une grâce un peu surannée. Je compris pourquoi plus tard: il avait fait l'Ascension il y a plus de cinq cents ans. Ses yeux pétillaient d'une bonté et d'une sagesse qui semblaient vieilles comme l'Éternité. "La dame voilée qui vous a accompagnés, dit-il, était ma fille dans une ancienne incorporation, et elle est maintenant une de mes élèves. Elle a fait l'Ascension il y a plus de trois siècles, et pourtant elle ne semble pas avoir plus de dix sept ans."

     

    Je ne pourrais jamais vous dire l'effet que ces expériences produisaient sur moi, chaque nouvelle révélation réveillait des sentiments intérieurs inconnus.

     

    "Mes chers Amis, dit notre hôte aussitôt les présentations et les salutations terminées, veuillez prendre palace. Un déjeuner va vous être servi immédiatement, et ensuite je vous donnerai l'instruction qui se doit." Quelques instants plus tard, deux jeunes gens en costume blanc crème servirent le repas. Il était délicieux et composé du même genre de mets précipités que nous avions eu le privilège de goûter dans le Centre Secret de Saint-Germain à la Grotte des Symboles.

     

    "Ce soir, vous serez mes invités avec huit Frères qui seront ici pour rencontrer notre Frère Américain. Ils le connaissent mais lui ne se souvient plus d'eux."

     

    A huit heures, notre hôte nous conduisit rapidement à l'étage supérieur, dans une pièce ronde où tout était décoré dans une douce nuance d'un blanc laiteux. Au centre, il y avait une table en onyx blanc et, autour, douze chaises. Nous restâmes debout, à chaque angle de la pièce, la tête inclinée. Quand nous relevâmes les yeux, les huit Frères étaient là, dans leur corps visible et tangible. Je fus présenté à chacun et le groupe s'assit.

     

    Tous connaissaient très bien mon ami rencontré sur le bateau. Beaucoup de problèmes, d'importance tant nationale qu'internationale, furent examinés en vue d'une solution et, dans chaque cas, un remède, à la mesure de notre temps, fut trouvé.

     

    J'appris alors que notre hôte, qui n'était pourtant pas français, était le Chef du Conseil de France. Chaque Frère reçut des Directives correspondant à la mission qu'il avait à remplir. Quand le Conseil prit fin, tous se dirent au-revoir avec la Bénédiction : "Nous vous enveloppons dans le Grand Pouvoir de la Présence Magique I AM à Laquelle tous les Frères de la Grande Fraternité Blanche ont recours et dont ils reçoivent sans limites." Nous inclinâmes la tête et les frères disparurent aussi silencieusement qu'ils étaient arrivés. Nous souhaitâmes une bonne nuit à notre hôte et on nous conduisit à nos chambres.

     

    Le lendemain, nous prîmes le déjeuner très tôt et fûmes prêts à neuf heures, accompagnés, à notre départ, comme la veille, par la dame voilée. Nous arrivâmes aux quais, à Marseille, juste à temps pour appeler la Bénédiction Divine sur notre chère et belle Sœur et nous embarquer. A cet instant, je demandai à mon ami pourquoi je me sentais tellement attiré par cette dame voilée et ce que cela pouvait bien signifier. Depuis que nous étions montés dans la voiture, elle semblait toujours être auprès de moi et son image était toujours devant mes yeux. "Soyez patient, dit-il, vous ne tarderez pas à comprendre." Nos cabines étaient voisines et nous nous installâmes pour jouir pleinement de notre traversée de la Méditerranée. Nous devions gagner Bombay par le Canal de Suez et la mer Rouge, en visitant Alexandrie et Le Caire.

     

    Ce fut un voyage dont je garderai le souvenir pendant un millier d'années. Rien ne vint entacher la joie et la beauté du trajet, et comme je suis très amateur de voyages en mer, je me délectai dans mon nouveau bonheur. J'étais très intéressé à mon arrivée à Bombay car c'était ma première visite dans cette partie du monde. Depuis, l'Orient m'est devenu très familier. J'avais espéré que nous ferions la dernière partie du voyage en chemin de fer, mais à ma grande surprise, nous avions à peine traversé la passerelle qu'un bel et jeune Hindou, tout habillé de blanc, s'approcha de nous et nous fit le signe que nous connaissions bien. Il nous conduisit vers une belle et grande automobile, ouvrit la portière et attendit avec une dignité toute tranquille que nous y montions. Une autre surprise nous y attendait : une autre dame voilée, qui ressemblait beaucoup à celle que nous avions laissée en France, était dans la voiture. Comme pour mon mental il n'était pas possible que ce fut la même, je ne m'occupais plus à la question. Je lui fus présenté de la même manière qu'à l'autre dame et il se passa peu de temps avant que notre belle compagne ne répondit à mes pensées par la question : "Pourquoi, mon Bon Frère, penser que quelque chose est impossible, lors que la Compréhension de l'Individu est Complète ?" "Ma Bonne Sœur, répondis-je, vous êtes si semblable à une aimable dame que j'ai rencontrée à Paris qu'il m'est difficile de ne pas vous prendre pour elle. Mais comme nous l'avons quittée en France, elle ne peut être ici." "Vous pensez que non, demanda-t-elle." "Nous ferions mieux d'admirer la beauté du paysage, suggéra mon ami, car il est possible que nous ne revenions pas par le même chemin."

     

    Il était dix heures du matin quand nous quittâmes Bombay. Nous roulâmes jusqu'à six heures du soir et atteignîmes une petite ville tranquille. Nous nous dirigeâmes vers une résidence indigène. L'homme en blanc partit aussitôt avec l'automobile dès que nous en fûmes descendus.

     

    De nouveau, notre Sœur voilée nous précéda vers la demeure. Une dame anglaise assez imposante, aux cheveux gris, mais jeune de corps et de visage, ouvrit la porte.

     

    "Soyez les bienvenus, Sœurs et Frères, nous dit-elle cordialement. J'attendais votre arrivée. Vos chambres sont prêtes et le domestique vous y conduira si vous désirez vous rafraîchir après ce long voyage. Le dîner sera servi dans dix minutes." Bientôt, le doux son d'une cloche annonça le dîner et nous nous rendîmes à la salle à manger. Pensez à ce que furent mes sentiments quand je constatai alors que la dame voilée avec laquelle nous avions fait la route depuis Bombay n'était autre que celle que nous avions rencontrée à Paris. Dès que je la reconnus, je m'adressai à elle en ces termes : "Ma Bien-Aimée !" Bien sûr, je n'avais pas la moindre intention de dire une chose pareille et j'en fus extrêmement chagriné et confus. Je m'excusai, plus qu'il ne convenait d'ailleurs, et j'avais beaucoup de peine à contenir un irrésistible besoin de parler. Elle ne semblait pas le moins du monde offusquée par mes familiarités et elle dit : "J'apprécie de tout cœur votre salut si sincère". Je parvins à rassembler suffisamment mes esprits pour demander : "Je vous en prie, dites-moi comment il se peut que vous soyez arrivée aux Indes avant nous."

     

    "Je possède un moyen de transport, expliqua-t-elle, avec lequel vous n'êtes pas familiarisé. On vous apprendra à voyager comme je le fais. Nous sommes capables de transporter nos corps à volonté à n'importe quelle distance sans employer de moyens physiques."

     

    Le lendemain, nous partîmes au lever du soleil. Il faisait très chaud dehors, mais dans la voiture l'air était confortablement frais. On nous servit de délicieuses boissons rafraîchissantes. Nous avions roulé un certain temps dans les montagnes, et la route grimpait rapidement, lorsque nous tournâmes dans une gorge profonde dont les parois s'élevaient au moins à dix huit cents mètres de chaque côté. Il semblait qu'une fissure gigantesque avait été faite dans ces montagnes sur une hauteur d'au moins seize cents mètres.

     

    A la sortie de la crevasse, nous débouchâmes dans une sorte de cirque d'environ mille cinq cents mètres de circonférence, entouré par des pics gigantesques. Jamais auparavant ni ensuite je n'ai vu un plus bel endroit sur la Terre. C'était un vrai paradis.

     

    Sur le côté Ouest de ce cirque, faisant face à l'Est, se dressait un magnifique palais de marbre blanc, qui ne ressemblait à rien de ce que je connaissais. Saint-Germain ne m'en a jamais parlé mais je pense encore qu'il est fait dans une substance précipitée. Un grand dôme d'or couvrait la partie centrale du toit, et quatre plus petits occupaient les angles. Lorsque le soleil levant projetait ses rayons sur ces dômes, tout devenait un embrasement de gloire; c'était chaque jour un symbole silencieux, et une confirmation par la Nature, de la Grande Lumière et de la Sagesse que ce Temple de Beauté déverse constamment sur la Terre.

     

    Nous roulâmes vers l'entrée Est de ce magnifique palais et deux jeunes gens, habillés de blanc de neige, sortirent pour nous saluer. Ils étaient l'image de la parfaite santé, de la jeunesse et de la beauté. Leur chevelure était particulièrement belle, l'un l'avait d'un brun doré, ondulée, l'autre du plus merveilleux ton or. Ce dernier des deux nous accueillit : "Chers Sœur et Frères, vous êtes attendus et les bienvenus. Voulez-vous me suivre ?" Nous entrâmes et fûmes à nouveau salués, par un Maître Ascensionné très aimé dans le monde extérieur, et qui a travaillé depuis de nombreux siècles pour apporter l'Illumination à la race humaine. Son visage est plein de bonté, son sourire ferait fondre un cœur de pierre tout en faisant pressentir qu'il manie un Pouvoir qui dissout tous les problèmes.

     

    D'autres serviteurs s'avancèrent avec grâce et nous conduisirent à nos chambres. Le plan et la décoration intérieure du palais étaient d'une exquise beauté. Depuis ma première visite à cet endroit merveilleux, ce fut un plaisir et un devoir pour moi de me rendre dans des endroits importants à travers le monde, pour rendre Service à la Grande Fraternité Blanche. Mais les endroits les plus remarquables que j'ai visités n'ont jamais approché l'Exquise Perfection de ce Palais de Marbre Blanc des Maîtres Ascensionnés.

     

    Tout l'intérieur de ce merveilleux bâtiment était fait dans des matériaux impérissables, d'un blanc laiteux, avec, de-ci de-là, des touches d'un or très délicat, de violet, de vert ou de bleu électrique intense, et le tout produisait un effet artistique inimaginable. Tout était d'une propreté immaculée, et les alentours du Palais étaient puissamment chargés avec la Force Électronique, le taux vibratoire était si haut que le Pouvoir de la Lumière repoussait toute imperfection et gardait tout dans un état permanent de Beauté et de Perfection.

     

    "Le dîner sera servi dans vos chambres, expliqua le jeune homme aux cheveux d'or, et vous êtes priés de mettre les robes de soie et les sandales qui vous seront proposées."

     

    Le dîner était composé de plusieurs espèces de fruits frais, parmi lesquels des baies qui furent servies avec cette sorte de crème fouettée que nous avions mangée à la Grotte des Symboles. Comme boisson, on nous servit un liquide doré un peu moins épais que du miel.

     

    Dès que le repas fut terminé, nous fûmes appelés à la Chambre du Conseil, sous le dôme central. Une très grande table attira, en premier lieu, notre attention. Elle était en jade massif, largement veiné d'or, d'un dessin parfait dans ses moindres détails. Tout autour, il y avait soixante chaises en or massif, toutes garnies d'un tissu d'un ton violet très doux qui faisait l'effet d'être du velours de soie. Nous nous arrêtâmes pour admirer la Beauté et la Perfection de l'ensemble et, comme nous regardions autour de nous, nous vîmes Saint-Germain qui était présent. Tous les Membres du Conseil entrèrent par groupes de trois à douze. Quand il ne manqua plus qu'un Membre et que tous eurent pris place autour de la table, notre Bien-Aimé Maître prit la parole : "Inclinons la tête en signe de Louange et de Gratitude envers la Puissante Présence I AM qui élève les cœurs et illumine l'entendement de l'humanité."

     

    Quand nous relevâmes la tête, le plus merveilleux des Êtres se trouvait à la place qui était restée vide. C'était un de ces Grands Maîtres Ascensionnés dont la Majesté et l'Autorité surpassent toute description humaine. Ses vêtements étaient comme une masse de joyaux étincelants mais, lorsque je m'habituai au scintillement de Sa Lumière, je vis que ce qui semblait être des bijoux était des points d'étincelante radiation sortant de son corps et de ses vêtements. L'Amour qu'Il répandait était si grand qu'Il semblait inonder tout l'Univers.

     

    "Bien-Aimés Frères et Sœurs de la Grande Fraternité Blanche, Je vous salue, dit-Il en faisant le signe de l'Ordre qui ne reconnaît que l'Omniscience de la Puissante Présence I AM, l'Omniprésence de l'Inextinguible Flamme de Vie et l'Omnipotence de la Lumière sans ombres. Mon Frère d'Amérique, Je vous souhaite la bienvenue. Je vous prie d'accepter Mon Amour et Ma Gratitude pour le Service que vous avez rendu. Je M'entretiendrai plus longuement avec vous à la fin de la réunion."

     

    Ce Puissant Frère de la Lumière commença à donner des Instructions spéciales concernant les plus importantes activités de la Terre, spécialement les changements intérieure et autres nécessités pour l'avancement de l'humanité. Un grand nombre des conseils de toutes les parties de la Terre étaient présents. Le chef de chaque conseil reçut des ordres directement de ce Maître-Président, qu'il transmettait ensuite à ceux qui travaillaient avec lui. Lorsque tous eurent le programme de leurs activités, Il leur demanda de tourner leurs chaises vers le mur Ouest.

     

    Dans l'atmosphère, devant nous, passèrent les tableaux vivants des problèmes dont la Grande Fraternité Blanche s'occupait ou sur lesquels elle agissait. Ils montraient quels étaient les Frères qui s'en occupaient, ceux qui avaient des missions spéciales, ainsi que les détails, et les moyens en vue des solutions. La protection du jeune prince, déjà mentionnée, et les Frères qui devaient l'assurer, était une des nombreuses scènes qui passèrent devant nos yeux. La manière de réajuster les conditions en Arabie fut également montrée et m'inspira beaucoup d'admiration.

     

    Lorsque le vaste problème concernant la force sinistre qui essaye d'empêcher les hommes de reconnaître et de manifester la Perfection et les Bénédictions de la Puissante Présence I AM fut dévoilée, nous vîmes la choses la plus stupéfiante que l'on puisse imaginer. On nous montra la Force Illimitée de la Lumière du Christ Cosmique s'opposant à l'obscurité, et il n'y a vraiment pas de mots pour exprimer la Majesté, la Puissance et la Victoire de la Présence I AM Infinie.

     

    Pour l'heure, je ne puis donner plus de détails. Qu'il suffise de dire que l'Action et la Gloire de la Souveraineté de la Puissante Présence de l'I AM Infini transcende toute imagination comme la Lumière transcende l'obscurité.

     

    Les tableaux cessèrent de défiler et le Maître-Président - l'Être à l'Étincelante Radiation - Se tourna vers la Sœur de France et moi-même en disant : "Mes Enfants Bien-Aimés, venez !" Nous avançâmes. Il étendit les mains vers nous, la gauche vers elle et la droite vers moi. "Mon Frère d'Amérique, dit-Il, Je vous bénis infiniment. Vous n'avez pas encore réalisé l'Éternelle Perfection qui est maintenant vôtre dans l'activité extérieure. Notre Chère Sœur est votre Rayon-Jumeau. Ceci est un des plus grands Mystères Divins, et explique votre mutuelle attirance qui s'est manifestée à votre première rencontre à Paris. Si l'humanité pouvait avoir la Compréhension Divine de cette partie du Plan Divin, cela ferait davantage pour la Purification du monde extérieur que n'importe quoi d'autre. Le temps approche où la Vérité concernant les Rayons-Jumeaux doit être complètement comprise et Sa Puissante Sagesse et Son Pouvoir utilisés. Aucune Individualisation Divine n'accomplit Œuvre Créatrice sur le Plan Cosmique dans la Plénitude de la Puissante Présence I AM tant que Son Rayon Jumeau n'a pas réalisé l'Ascension. Le choix humain n'intervient pas ici. Chaque Rayon est obligé, par la Compréhension Consciente et par l'Emploi du Grand Commandement, de purifier, de perfectionner et d'illuminer toute la création humaine dont il est entouré. Il devient alors un Maître Ascensionné possédant à jamais la Souveraineté Consciente sur la Terre et sur toute Vie sur la Terre.

     

    "Lorsque les deux Rayons ont fait l'Ascension, Ils sont alors dans le même État de Pureté, de Liberté et de Parfaite Souveraineté. Ils sont tous les deux capables de servir sur les Plans Cosmiques. Là, Ils peuvent projeter de Grands Rayons Cosmiques d'Amour, de Lumière et de Sagesse, Les concentrant avec tant de Pouvoir Qu'Ils créent et contrôlent des Activités Cosmiques et révèlent la Grande Gloire de la Puissante Présence I AM...

     

    "Notre Chère Sœur a déjà vu et connaît ces Choses depuis un certain temps, attendant patiemment le Présent Moment Divin. Lorsque vous aurez ascensionné vos corps, vous rendrez ensemble un Service Transcendant." Il éleva Ses mains pour nous bénir et Sa Voix, comme un beau son de cloche, prononça avec une Éternelle Autorité le Suprême Décret d'Amour Éternel sur notre Union : "Par l'Ordre de la Puissante Présence I AM, J'unis ces Rayons-Jumeaux de l'Éternelle Flamme de Vie dans l'Amour et la Lumière de la Perfection Suprême."

     

    Au moment où le Maître prononçait ces Paroles, un Étincelant Rayon de Lumière nous enveloppa, et la Puissante Flamme de nos Rayons-Jumeaux imprima Son Sceau Éternel sur notre Chemin de Vie Cosmique. A ce moment-là, nous étions complètement conscients de n'être que cette Présence Magique du I AM. La réunion du Conseil était terminée. Nous rencontrâmes ensuite les Membres du Centre et reçûmes Leurs félicitations. Ils nous affirmèrent que notre Service Cosmique Illimité commencerait dès maintenant. Le jour suivant, le Maître qui était notre hôte nous donna des explications au sujet de certains de Leurs Services et nous dévoila la Perfection qui était maintenue dans cet endroit. Concernant le début de Leur Œuvre, Il dit : "Le Conseil de la Grande Fraternité Blanche fut créé il y a des siècles par les Grands Frères de Lumière afin que soit établi et maintenu pour un temps déterminé un Puissant Foyer de Concentration, en vue de leur aide à l'humanité et de son illumination. Ce merveilleux climat tropical qui règne ici persistera aussi longtemps que nous voudrons maintenir cet endroit comme un Centre."

     

    Le soir, on nous montra, en fonctionnement, un récepteur parfait pour la télévision. "Quelles gloires et quelles merveilles seraient accordées aux hommes s'ils voulaient consciemment et sincèrement aspirer à la Lumière Intérieure et ouvrir leur cœur et leurs sentiments à la Puissante Présence I AM", remarquai-je en moi-même.

     

    Très tôt le lendemain matin, nous retournâmes à Bombay, d'où nous devions embarquer pour l'Arabie. Le voyage en automobile fut charmant, la température y restant toujours aussi fraîche et confortable quelle qu'était la température extérieure. Je compris que cela n'était dû qu'à la Profonde Compréhension de ma compagne et de mon ami. Le retour vers Bombay se fit par un itinéraire complètement différent. Le trajet par mer vers l'Égypte eut lieu sur un petit bateau, et nous nous arrêtâmes dans un port de notre choix sur la côte Ouest de l'Arabie. Lorsque nous atteignîmes la mer Rouge et commençâmes à voguer vers le Nord, sur ces eaux calmes, mon ami fut brusquement si chargé par la Force Électronique que, tous, nous le remarquâmes.

     

    "Pour une certaine raison, dit-il, j'ai contacté la période au cours de laquelle Moïse conduisit les Enfants d'Israël à travers cette mer, et les tableaux vivants des enregistrements éthériques apparaissent tous devant moi. Ce fut un temps de miracles au milieu d'une épouvantable détresse. Moïse réalisa un contact merveilleux avec les Maîtres Ascensionnés qui donnèrent de l'Aide et libérèrent, à travers lui pour cet accomplissement, un Pouvoir formidable.

     

    "Je vois, pour la première fois, le Grand Maître Ascensionné auquel Moïse adressa consciemment son appel à l'aide. La Majesté et le Pouvoir de cet Être si Puissant peut à peine être compris par l'entendement humain, tellement Il transcende l'expérience ordinaire des hommes. Et le monde moderne sait, réalise ou croit si peu à ces merveilles qui furent accomplies réellement par ces Admirables Serviteurs de Dieu, pour l'Élévation et l'Illumination de l'humanité ! Ces extraordinaires soi-disant miracles ne sont après tout, que l'Activité d'une Loi que les hommes n'ont pas encore tenté de comprendre ou d'étudier. Quand on pense en termes de Vérité Universelle, il n'y a rien, dans toute la Création, qui puisse être appelé un 'miracle'. Ce que le monde appelle 'miracle' est simplement l'Opération de la Loi Divine, dont la Nature est Perfection, et qui, de ce fait, rend nulles et non avenues toutes les lois humaines limitées précédemment établies. C'est pour faire comprendre complètement l'Opération de la Loi Divine par l'entendement humain que les Maîtres Ascensionnés travaillent depuis toujours et continueront de le faire sans arrêt pour les habitants de la planète. Aujourd'hui il y a encore bien plus de choses merveilleuses que par le passé qui sont accomplies, et elles sont tout à fait ignorées du monde extérieur. En regard de cette Vaste et Profonde Compréhension et de ce Pouvoir, la plupart des hommes sont comme des petits enfants. Néanmoins, l'heure approche rapidement où l'humanité doit s'éveiller à cette Omniprésente Présence Intérieure de Dieu agissant au travers de tous les individus."

     

    Finalement le bateau s'arrêta dans notre port dans la province d'Héjas, une sorte de péninsule s'avançant dans la partie Nord-Est de la mer Rouge. Nous débarquâmes dans un curieux endroit. Un arabe, élancé, habillé de blanc immaculé, nous donna un signe secret et nous fit monter dans une puissante automobile. Sans un mot, nous roulâmes à grande vitesse sur une route en sable durci. On nous servit de délicieux rafraîchissements et, tard dans l'après midi, nous entrâmes dans un petit village de montagne, et roulâmes jusqu'à une maison très basse et blanche. Notre silencieux arabe ouvrit une porte et nous fit entrer. Il frappa à une porte intérieure qui fut aussitôt ouverte par un gentleman assez âgé, aux cheveux blancs, à la peau basanée et aux yeux pleins de bonté.

     

    "Sœurs et Frères, nous salua-t-il, vous êtes attendus. Rafraîchissez-vous et le repas sera servi dès que vous serez prêts. A la nuit, un Frère viendra vous prendre et vous conduira à votre destination. J'ai confiance dans ce que la Fraternité ne faillira jamais dans Son Aide pour notre pays."

     

    J'étais sur le point de parler mais ma Bien-Aimée me saisit fermement par le bras. Je compris son signal et demeurai silencieux. "La Lumière de Dieu ne faillit jamais", répondit mon ami à notre hôte, avec une voix qui fit trembler l'air, tant étaient grands le Pouvoir et la Vérité dont sa Parole était chargée, et tant était grande l'Autorité avec laquelle il avait donné ce Décret Tout-Puissant. L'effet produit fut magique. Le vieil homme tomba à genoux et inclina la tête jusqu'à terre devant mon ami. A neuf heures, un beau jeune homme, portant, comme un indigène Arabe, un vêtement blanc sur lequel était jeté un long manteau indigo, apparut à la porte. "Amis de l'Ouest, dit-il, venez ! La voie est libre !"

     

    Nous le suivîmes immédiatement sans mot dire. Nous marchâmes un peu et trouvâmes des chameaux qui attendaient. Nous les montâmes silencieusement et partîmes à grande vitesse vers une haute montagne. Celui que ma Bien-Aimée montait était blanc de neige. Plus tard, j'appris que c'étaient de ces fameux chameaux de course. Nous voyageâmes en silence, rapidement, pendant environ deux heures et arrivâmes à une hutte faite de grosses pierres et adossée à la montagne. Comme nous descendions de nos montures, un homme sortit de l'obscurité et prit les chameaux en charge. Notre guide entra dans la hutte et nous le suivîmes. Arrivés au côté opposé de la pièce, il leva les mains et les posa sur le mur. Elles devinrent instantanément étincelantes de Lumière , tellement le Pouvoir qu'il manipulait était grand. Elles brillaient autant qu'une ampoule électrique qui aurait été très blanche. Il pressa sur une certaine partie du mur et celui-ci pivota, découvrant l'entrée d'un tunnel éclairé de la même Lumière Blanche Étincelante.

     

    Nous entrâmes et l'ouverture se ferma derrière nous. Nous parcourûmes quelques centaines de mètres et nous retrouvâmes devant une porte métallique. Notre guide posa la main sur un certain symbole figurant sur la porte qui s'ouvrit lentement. Elle avait au moins dix centimètres d'épaisseur et devait bien peser une tonne. Nous entrâmes dans une pièce longue et étroite, dont les parois, le plafond et le sol étaient faits en acier inoxydable. Quelques instants plus tard, une porte qui nous avait paru jusque là invisible, s'ouvrit dans l'une des parois, et un homme entra qui nous fit signe de le suivre.

     

    Nous suivîmes ce guide à quelque distance et nous trouvâmes bientôt devant un autre mur solide. Il s'ouvrit à notre approche et laissa le passage vers une salle merveilleuse, d'au moins trente mètres de long sur douze de large, meublée d'une façon extraordinaire et artistique, exquise et belle comme dans un rêve. Au centre se trouvait un cercle entourant un zodiaque magnifique et, tout autour, des coussins larges et moelleux étaient installés pour vingt huit personnes. Notre guide se dirigea vers une pièce disposée latéralement à la grande salle et nous demanda de le suivre. Là se trouvait un bain, étincelant, et à côté du bain étaient posés à notre intention des vêtements et des sandales. "Lorsque vous serez prêts, envoyez-moi votre pensée, dit notre guide en nous laissant seuls." Nous nous préparâmes et lui envoyâmes le message mental. Aussitôt, un serviteur nous apporta de délicieux rafraîchissements. Après quoi, nous retournâmes dans la grande salle du Conseil où se trouvaient déjà vingt quatre Sœurs et Frères. Notre guide fit les présentations puis, tous, nous prîmes place autour du cercle. A ma grande surprise, je découvris que le Frère qui nous servait de guide n'était autre que le Chef du Conseil d'Arabie, un Grand Maître Ascensionné dont j'avais déjà entendu parler. Il se leva, fit l'Invocation et s'adressa à l'Assemblée.

     

    "A cause d'une grande agitation inattendue dans les cercles politiques de l'Arabie, il s'est avéré impérieux d'entourer du plus grand secret la venue de membres étrangers à ce Conseil. C'est aussi pourquoi nous sommes restés constamment sur nos gardes pendant que nos visiteurs étaient sur la route." Nous discutâmes de questions de la plus haute importance, spécialement de celle qui tenait le plus à cœur aux arabes. Le Chef dirigea leur attention sur mon ami. " Ce Frère, dit-il, a une solution pour le problème qui concerne notre chère Arabie, et il lui demanda de la présenter." Mon ami développa brièvement son plan. Quand il eut terminé, tous, sauf le Chef, furent surpris de son caractère à la fois osé et ingénu. Le Chef eut un sourire rassurant et continua : "Ce plan remarquable est aussi très pratique. Il faudra l'exécuter rapidement et il réussira. Toute la Fraternité Blanche de la planète surveillera la réunion qui est sur le point d'avoir lieu et soyez assurés que ce plan sera mis à exécution immédiatement. Le Frère et la Sœur qui sont arrivés ici sous garde spéciale resteront ici cette nuit et demain. Après demain, j'irai avec eux au Consulat Britannique où nos négociations auront lieu."

     

    Une vague de joie passa à travers l'assemblée lorsque ce plan de travail eût fini d'être établi. D'autres questions en rapport avec différentes activités furent traitées et quand le Conseil prit fin, les Membres disparurent un à un. Le Chef se leva alors et vint jusqu'à nous. " Chers Sœur et Frère, dit-il, je ne me suis pas fait connaître de vous dès le début pour des raisons que vous comprendrez bientôt. Je vous souhaite la bienvenue dans ce Centre de la Grande Fraternité Blanche. Tout est à votre service. Frère de l'Ouest, retirez-vous dans votre chambre et dormez jusqu'à ce qu'on vous appelle."

     

    Au signal, je me réveillai douze heures plus tard. Je me sentais une autre personne tellement j'étais chargé d'une Vie et d'une Lumière nouvelles. Nous retrouvâmes bientôt le Chef du Centre.

     

    "Je pense que cela vous intéressera d'apprendre quelque chose qui concerne l'histoire de ce Centre de Pouvoir et le rôle qu'il joue pour la Terre. C'est un des plus anciens Foyers de Pouvoir sur la planète. Vous n'en avez vu encore qu'une partie. Dans un an, un Grand Conseil de la Fraternité Blanche se tiendra ici. Tous les Membres pourront alors visiter cette vaste citadelle inconnue."

     

    Il passa beaucoup de temps à nous montrer les formidables accumulations d'enregistrements qui ont été préservées pour l'Illumination de l'humanité. Ce fut un grand privilège de pouvoir découvrir à loisir tous ces trésors. "Vous pourrez partir d'ici deux heures, expliqua-t-il. Allez vous préparer et remettez vos vêtements du monde extérieur, et il sera l'heure de vous remettre en selle sur les chameaux qui attendent à l'entrée." Nous obéîmes. Quand nous revînmes, le Chef était vêtu d'un beau costume de flanelle bleue, sur lequel il portait une longue cape indigo. Sauf la texture merveilleuse de sa peau et la Lumière brillante, perçante et aimante de son regard, on aurait facilement pu le prendre pour un homme d'affaires du monde extérieur.

     

    "Pourquoi ne puis-Je pas vous ressembler ? remarqua-t-il en lisant mes pensées. Je suis pourtant une personne comme vous. Je ne possède qu'une expérience et une sagesse plus grandes que j'ai appliquées plus longtemps, c'est tout. La Sagesse n'est d'aucun bénéfice pour personne si Elle n'est pas employée, et c'est par Son usage que l'individu manifeste la Perfection qui lui permet de vivre au-dessus de toutes les limitations."

     

    Nous arrivâmes à la porte où les chameaux attendaient. Dès que nous fûmes en selle, nous partîmes dans la nuit à toute vitesse, avec le magnifique chameau blanc en tête. Nous allions encore plus vite qu'au voyage précédent, et nous arrivâmes à trois heure trente à la maison d'où nous étions partis. Là, l'automobile nous attendait, et quand nous y montâmes, le chauffeur dit au Maître quelques mots que je ne pus entendre. "Soyez sans crainte, répondit le Chef, nous nous envelopperons dans le Manteau d'Invisibilité ainsi que la voiture et nous passerons entre eux sans qu'ils nous voient. Partons !" "Des espions sont postés sur cette route, dit-il en se tournant vers nous, qui doivent s'emparer de la voiture et empêcher qu'on ne nous retrouve jamais. Mais le juste usage du savoir, qui est la Vraie Sagesse, nous tient toujours libres comme vous le verrez bientôt."

     

    Nous arrivâmes bientôt à l'endroit où les espions nous attendaient. En un instant, une vapeur blanche, très dense, nous enveloppa comme un épais brouillard. Dans l'air, un bourdonnement semblable au bruit d'un avion se fit entendre et, comme ces gens regardaient en l'air pour voir d'où venait le bruit, nous passâmes silencieusement, comme une flèche. C'était pour moi une expérience merveilleuse car, de l'intérieur du Manteau d'Invisibilité, nous pouvions les voir alors que eux ne nous voyaient pas.

     

    "Comment se fait-il qu'ils ne nous aient pas entendus", demandai-je. "Le son ne passe pas au travers du Manteau d'Invisibilité, sinon il ne serait d'aucune utilité. Les Contes des Nuits Arabes, mon Frère, ne sont que trop véridiques. Quand ils sont vraiment compris, ils deviennent des révélations de la Loi Divine et non pas seulement ces ridicules interprétations littérales que le monde extérieur en donne. Ils ne sont pas que du folklore pour les enfants, mais des indications pour l'intuition, qui concernent des accomplissements parfaitement réalisables par un Étudiant assez sincère, assez digne et assez humble pour que l'on puisse lui confier le Pouvoir et la Vérité qu'ils révèlent. Le grand monstre du doute et ses néfastes associés, l'ignorance, l'orgueil, la peur du ridicule, le scepticisme, la peur et beaucoup d'autres entraves, se sont fixés si fortement sur le mental et les sentiments humains qu'ils sont devenus comme des champignons vénéneux qui pendent des arbres et qui font pourrir les troncs. Si ce n'était à cause de ces vampires, les humains verraient et comprendraient que, dans la Lumière Elle-même qui anime le corps physique, existent une Intelligence et un Pouvoir qui peuvent et veulent exécuter parfaitement tout ce que l'entendement commande si l'Harmonie est maintenue et si le But est constructif. L'Amour, la Sagesse et le Pouvoir sont les Attributs Primordiaux que la Vie emploie dans une Création Permanente. Dès que les humains mettront un terme à leur discorde auto-créée, toute Vie, partout et dans toute la Nature, exprimera une Perfection Permanente."

     

    Nous roulâmes le long de la côte sur une route splendide, et arrivâmes à la ville qui était notre destination. Nous descendîmes dans le meilleur hôtel et, tôt le lendemain matin, nous nous présentâmes au Consulat Britannique. Mon ami déclara qu'il était un représentant du Gouvernement Arabe, chargé de présenter une certaine solution susceptible d'éviter la crise imminente, qu'il espérait que cette solution donnerait satisfaction à tous, prévenant ainsi qu'une grande injustice et une grande indignité ne soient infligées à l'Arabie. Le Consul Britannique lui demanda ses lettres de créance et ce fut le Chef du Conseil d'Arabie qui s'avança et les présenta. Rendez-vous fut pris pour onze heures en vue d'une rencontre avec les représentants britanniques. A l'heure dite, nous étions présents. Après que la conférence eut traîné un certain temps, suivant l'habitude, qui voulait que tout ce qui n'était pas à l'avantage exclusif des britanniques était écarté avec une suave persistance, mon ami, saisissant une opportunité, se leva prestement et présenta la proposition du Gouvernement Arabe. Il était calme, parfaitement maître de lui et plein d'une grande bonté. Tous comprirent que, indéniablement, il avait la situation bien en main, et que toute la dignité et le pouvoir de cette conférence étaient maintenant centrés autour de lui. Ses adversaires ne se sentaient pas très à l'aise, il était trop honnête et trop pénétrant pour leur habituelle diplomatie cauteleuse. Cela ne leur réussit pas de présenter leurs idées devant sa franchise scrutatrice et sa bonté évidente. Ils essayaient de jouer de différents moyens stratégiques lorsque, soudainement, je fus conscient que toute la conférence était tenue dans un Grand Cercle de Lumière Étincelante, et cette Lumière était si intense, me semblait-il, que tout le monde aurait dû l'apercevoir. Je compris alors quelle Gigantesque Concentration de Pouvoir la Grande Fraternité Blanche dirigeait dans la pièce. Moins d'une heure plus tard, la solution de mon ami était acceptée, les documents rédigés et signés par les deux parties. La réunion se termina dans le Bonheur et dans la Paix. La nouvelle se répandit dans toute l'Arabie avec la rapidité de l'éclair, et il y eut de grandes réjouissances. Comme nous rentrions à l'hôtel, ma Bien-Aimée vint au devant de nous pour nous saluer. "Mon Frère, je vous félicite, dit-elle, pour votre dignité et ce splendide accomplissement."

     

    Le jour suivant, le Chef du Conseil d'Arabe nous dit au-revoir, à ma Bien-Aimée et à moi-même, et nous nous embarquâmes sur un bateau à destination de la France. C'était un soir de pleine lune et ce fut la nuit la plus douce que je connus jamais. Nous débarquâmes à Marseille et prîmes le train pour Paris. Nous passâmes la nuit chez le Merveilleux Maître qui est le Chef du Conseil de la Grande Fraternité Blanche en France. Le lendemain, il nous accompagna en automobile jusqu'à Cherbourg. Là, je dus quitter ma Bien-Aimée, que je ne revis que quelques années plus tard, et ce fut alors pour ne plus nous quitter. Nous embarquâmes, mon ami et moi, pour New-York. Ce voyage reste un moment enthousiasmant de mon existence, car mon merveilleux ami m'enseigna l'emploi de la Sagesse Antique. Il m'instruisit et les résultats que j'obtins par l'emploi du Grand Commandement furent tout simplement étonnants. De New-York, nous nous dépêchâmes vers Washington où mon ami rendit compte des résultats de l'affaire d'Arabie, au Président et à son cabinet. Mais la nouvelle avait déjà précédé son arrivée. Ceci termina mon premier contact personnel et mes observations concernant la prodigieuse et merveilleuse Activité de la Grande Fraternité Blanche.

     

    Comme Gaylord terminait son récit, le jour se levait à l'Orient. "Allons vers notre cabine, me dit-il. Un des Maîtres Ascensionnés doit intervenir dans ce que nous avons à faire bientôt. La femme et l'homme, qui ne sont que des instruments de la force sinistre, ont entre leurs mains des documents et des enregistrements qu'ils ont volés. Ces papiers contiennent des informations dont nous avons besoin, et qu'ils ont l'intention d'utiliser pour exercer un chantage sur des personnes innocentes. Nous devons avoir ces informations afin de protéger ceux qu'ils veulent faire souffrir et tenter d'amener dans leurs griffes par le pouvoir de la peur."

     

    Nous retournâmes dans mon compartiment. Je me demandais ce que Gaylord comptait faire maintenant. Nous attendîmes quelques instants et bientôt l'homme et la femme se dirigèrent vers le wagon-restaurant. "Regardez bien mais ne bougez pas et ne parlez pas pendant que j'opère", dit-il. Nous nous assîmes tandis qu'il concentrait son attention sur la porte de leur compartiment. Il dirigea un Rayon de Lumière Électronique et il en augmenta la Puissance jusqu'à ce que nous soyons capables de voir à l'intérieur de la cabine. Un sac de voyage se trouvait sur la banquette. Gaylord maintint fermement la Force et il vit ce que le sac contenait. L'expression de son visage montrait qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait. Il diminua la Force et dit : "Dans trois jours, les autorités responsables pourront les arrêter et les rendre incapables de nuire pendant longtemps. Avec ces papiers en leur possession, ils ne pourront pas se disculper. Pour le cas présent, les journaux ne pourront pas ébruiter l'affaire, car le Mur du Secret et de l'Invisibilité entoure tout cela. Les Maîtres contrôlent toute loi humaine par l'Unique et Éternelle Loi de la Justice Divine."

     

    Saint-Germain nous avait indiqué dans quel hôtel nous devions descendre, et Il nous accueillit en personne. Il avait changé son apparence de manière à ne pas attirer l'attention. "Mon Cher Frère, dit-Il en allant vers Gaylord, Je vous félicite sincèrement et Je rends Louange et Gratitude pour votre splendide succès. Vous avez brisé la colonne dorsale d'une activité très destructrice, du moins en ce qui concerne ce groupe." Se tournant vers Rayborn et moi-même, Il nous salua de cette aimante et gracieuse façon qui caractérise tous les Maîtres Ascensionnés et particulièrement Lui, Saint-Germain. "Puis-Je avoir le Privilège de vous offrir le déjeuner, demanda-t-Il. J'espère qu'il vous conviendra et que vous l'apprécierez. Venez dans Mes appartements." Après le repas, Il nous suggéra de nous retirer et de prendre le repos dont nous avions besoin. Pourtant, tant que nous étions en Sa Merveilleuse Présence, nous ne sentions aucun besoin de repos.

     

    Le troisième jour après notre arrivée, nous nous rendîmes tous trois, accompagnés par Saint-Germain et certains membres du Service Secret, au rendez-vous d'un important groupe de la force sinistre. Les sept principaux Chefs d'Amérique y étaient présents. Arrivés sur place, nous restâmes un moment devant leur chambre; nous pûmes ainsi entendre qu'une discussion excitée avait lieu à voix basse. Tout à coup la porte s'ouvrit et nous nous précipitâmes sur eux pendant que Saint-Germain chargeait l'atmosphère avec une Force Électronique qui les empêchait de bouger. Leurs revolvers tirés tombèrent sur le sol et leurs bras pendirent sans force sur les côtés du corps. Saint-Germain leva la main droite, fit le Signe Cosmique de Protection et de Pouvoir et, d'une voix qui pénétra chaque atome de l'immeuble, Il énonça l'Éternel Fiat de Vérité devant Lequel toutes les forces destructrices s'inclinent et sont silencieuses à jamais : "Dites à tous ceux qui travaillent avec vous et à tous ceux qui viendront après vous que 'LA LUMIÈRE DE DIEU NE FAILLIT JAMAIS'."

     

    Alors que Sa Voix faisait résonner ce Décret dans leur conscience, ils devinrent blêmes devant leur propre création, et leurs corps tremblaient comme des feuilles au vent. Les membres du service secret les firent prisonniers et les emmenèrent là où ils resteront jusqu'à ce qu'ils servent la Lumière.

     

     

    Un Etrange Evénement